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éditorial
la voix aux poètes !
en réponse aux allégeances politiques, économiques, climatiques … complotistes, patriarcales ou autres
partout toujours, un autre ressenti
Tout est pillé, trahi, vendu,
la grande aile noire de la mort
imprègne l’air, la misère ronge jusqu’aux os.
Pourquoi alors ne désespérons-nous pas ?
Le jour, venant des bois environnants,
les cerises soufflent l’été en ville;
la nuit, le ciel profond et transparent
scintille de nouvelles galaxies.
Et le miraculeux s’approche
si près des maisons sales et en ruines –
quelque chose que personne ne connaît,
mais qui reste intact dans notre cœur depuis des siècles.
Anna Akhmatova, Poèmes ,1921
une autre vision
Est-ce la porte de notre fin obscure ? demandais-tu ? Non. Nous sommes dans l’inconcevable, mais avec des repères éblouissants.
René Char, Recherche de la base et du sommet, 1941
liberté.
Berceuse pour le dieu de la guerre
D’abord
ils ont coupé
le cordon ombilical
pour des raisons naturelles
Ensuite
ils ont coupé
le prépuce
pour des raisons d’hygiène
Enfin
ils ont coupé
la langue
pour des raisons de sécuritéSouad Labbize, Je franchis les barbelés, 2019
Dis-le, oui à la vie et à la liberté, arrache ton aile s’il le faut sur la herse du château et échappe-toi. Refuse désormais les morsures à ton bras et les chaînes à ton nom.
Béatrice Bonhomme, Proses écorchées au fil noir, 2020
force vive,
Zeno Bianu, Rituel d’amplification du monde, 2016, dit par Jacques Bonnaffé
Poème. Acharné. Seule forme suffisante, fondamentale et brute. Impossible à réduire par ceux qui nous assurent qu’il n’y a pas d’autre choix, que nous n’avons plus le temps de penser, de sentir, de marquer une pause. Qu’il faut grandir, se résigner et survivre malheureux. COMBAT SANS DÉLIVRANCE.
Stéphane Bataillon, Contre la nuit, 2019
déployée
(…)
parfois
il y a de l’inquiet dans le poème
du non quiet qui enfin s’inquiète
de ce qui se dit
de l’indéfini qui cesse enfin de clore
le monde aux bruits d’une bouche
et puis de l’altérité non réduite enfin de l’autre
non assigné à soi
(…)
Claude Ber, Il y a des choses que non, 2017
Exercices de joie
tu cherches depuis peu
à pratiquer
la douceur
comme une discipline
de combat
une charité à te faire
à toi-même
toi, la mendiante
de minuscules joies
arrachées à la détresse
tu dis joies
car tu ignores
comment nommer
les instants où le cœur
cesse de cogner
contre tes côtes
ces instants de grâce
où une carapace te protège
des cris
que tu entends
c’est tout près
c’est partout
c’est chaque jour
Louise Dupré, Exercices de joie, 2022
Tu réclames une échelle
on te donne une cage
tu réclames un fil de lumière
et trébuches dans les catacombes
tu réclames le fil pas la patte
l’oiseau pas la cage
la peau sans la crème
l’amour sans le son
l’éternité sans arêtes
la suite sans partitions
Laure Cambau, Les yeux de la mouche, 2023
le visage des forces vives

Anna Akhmatova Laure Cambau René Char Zeno Bianu Stéphane Bataillon Souad Labbize Louise Dupré Béatrice Bonhomme Claude Ber





merci Sylviane, la sélection que tu nous offres, ce qu’ils nous délivrent est de pure beauté, cela va toucher au-delà de ce qui fait mal. Cela adoucit, cela régénère vers un inconnu…
En lisant tous ces textes et surtout en écoutant celui de Zeno ça m’a donné une énergie incroyable
Merci Sylviane 🙏🙂
restaurer le flux de la vie, c’est bien ça !
étonnant: j’étais en train de lire Jacqueline Kelen et écoutais Laurence Brisset
les thébaïdes… et tout s’ouvrait et puis j’ouvre ta méridienne…. comme si la voie s’ouvrait sans force naturellement parce toujours présente comme un voile qui se déploie du centre du coeur vers ce qui nous entoure revêtant de brillance le monde.
la splendeur du monde et le rayonnement du cœur, une même expérience
Jacqueline Kelen le manteau de magnificence
très touchée de vos beaux partages “méridienne”
j’ai eu la chance de rencontrer Souad Labbize à l’automne, au festival de poésie sur ma commune et que vous la citiez me rappelle ces fils invisibles qui nous relient
la poésie en réponse, en cri ou en chant des coeurs
j’aime quand le tissu des liens entre les êtres, les choses, les lieux et les temps devient visible …
Merci, chère Brigitte
Merci Sylviane pour ce partage poétique
En écho, ce poème de E.E. Cummings que j’aime beaucoup :
« C’est le secret profond que nul ne connait, c’est la racine de la racine, le bourgeon du bourgeon… et le ciel du ciel d’un arbre appelé vie qui croît plus haut que l’âme ne saurait espérer, la merveille qui maintient les étoiles éparses ; Je porte ton cœur, je le porte dans mon cœur. «
merci pour cet écho, chère Joëlle !