La société de masse ne veut pas la culture mais les loisirs.
Hannah Arendt
© Frederick Wiseman, National Gallery
édito
ce qu’on consomme
la beauté, ses expressions, toutes sortes de formes artistiques
des marchandises : vendues comme des biens consommables, jetables, recyclables, reproductibles
la culture comme concept, comme marché
consommation de masse : effet massue, cacophonie, saturation
laprovence.com, grande parade du festival off d’Avignon 2025
la mise en image de la beauté : accroche, substitut, épuisement de l’œuvre dans son image
perte de l’émotion
les produits dérivés en première ligne, on entre par la boutique : le tee-shirt, le sac … ou par le bar : l’ecocup du festival… à l’effigie des œuvres qu’on n’a pas encore vues/entendues
© Etsy
l’objet devient support de l’expérience, substitut et trace
l’expression artistique dévoyée, pervertie
identification à l’idole : un look, une appartenance, un modèle
tourisme culturel
les couloirs de la consommation
tracés prédéfinis, balisés, convenus, sensationnels
les contingents, les sas, la cadence, les cheptels humains, déplacements et expériences de masse, téléguidés et audio-guidés
normés …
les expériences “immersives” d’œuvres picturales avec lunettes 3D : du jamais vu !
ça tourne au divertissement : rendre spectaculaire, attractif, accessible !
une distraction de soi et un détournement qui pervertit le rapport à l’œuvre
impossible de se confronter à sa singularité
la prise en images : l’appareil s’interpose/détourne avant/à la place/pendant la visite/la représentation
pas de rencontre directe, immédiate avec la création
l’œuvre comme décor du selfie qui coche la case : Le Louvre c’est fait, on a fait Notre-Dame de Paris
on a fait trois ou quatre spectacles par jour
ça c’est fait !
boulimie, goinfrerie, infobésité
quantité vs qualité : toujours plus, la rapacité des rappels au concert, on en veut pour notre argent !
ou bien on applaudit, ou bien on file avant la fin, on encore on saute d’un spectacle à l’autre jusqu’à saturation et hébétude
r e s p i r a t i o n . . .
je me faufile dans les interstices, je slalome au flair, au feeling
je vais chercher le vrai dans tout ça : l’émotion singulière que m’offre le spectacle (concert, chorégraphie, pièce de théâtre …)
je m’ouvre à l’expérience inédite et inouïe de l’œuvre, toujours nouvelle
je me laisse toucher profondément dans l’intime par le discret, le fragile, l’authentique
une affinité, une résonance à travers l’œuvre entre le créateur et moi
lentement, se déploie un espace intérieur inconnu, nouveau : le prodige, le miracle d’une rencontre
elle est rarement spectaculaire
© Lefteris Piraeakis
Presque tout ce qui arrive est inexprimable et s’accomplit dans une région que jamais parole n’a foulée. Et plus inexprimables que tout sont les œuvres d’art, ces êtres secrets dont la vie ne finit pas et que côtoie la nôtre qui passe.
Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète
© Caspar David Friedrich, Lever de lune sur la mer








La rencontre du vivant et de l’être, la beauté pure, juste là, j’ai la chance de la côtoyer presque chaque journée dans la montagne.
C’est tellement simple et beau.
Je te remercie Sylviane pour ce rappel et partage.
la beauté dans l’art exprime la pureté à travers le prisme du créateur, comme un rebond, un déploiement, une profusion proposés !
retrouver la clarté de l’instant de la création, l’expérience immédiate et unifiante, à travers son propre prisme